Les jeunes électeurs restés chez eux : le raté des sondages en Colombie-Britannique en 2013
Résumé. Tous les sondeurs donnaient le NPD en tête, de 7 points en moyenne ; les libéraux de Christy Clark l'ont emporté par 44,1 % contre 39,7 %. Les bilans des firmes ont montré qu'elles avaient pondéré les jeunes, favorables au NPD, selon leur poids dans la population et non parmi les votants, et qu'elles avaient manqué l'avantage de participation des libéraux.
Résumé
Tous les sondeurs de la campagne britanno-colombienne de 2013 donnaient le NPD d'Adrian Dix en tête, et les derniers sondages le plaçaient en moyenne à 42,9 % contre 35,9 % pour les libéraux, soit 7 points d'avance. Le 14 mai, les libéraux de Christy Clark l'ont emporté par 44,1 % contre 39,7 % et ont remporté 49 des 85 sièges. L'erreur sur l'écart atteint 11,5 points, un an après le raté albertain. La principale conclusion des sondeurs porte sur la participation : leurs échantillons accordaient aux jeunes, favorables au NPD et en majorité abstentionnistes, environ deux fois le poids qu'ils ont eu dans les urnes.
Ce que disaient les sondages
Le dernier sondage de chaque firme dont la collecte s'est terminée dans les dix jours précédant le scrutin :
| Sondeur | Fin de la collecte | Mode | Libéral | NPD | Vert | Conservateur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Ipsos Reid | 13 mai | En ligne | 37 | 45 | 9 | 6 |
| Angus Reid | 13 mai | En ligne | 36 | 45 | 9 | 7 |
| EKOS | 12 mai | Automatisé (SVI) | 34,5 | 40,5 | 13,0 | 9,3 |
| Justason | 9 mai | En ligne | 31 | 45 | 14 | 8 |
| Forum Research | 8 mai | Automatisé (SVI) | 41 | 43 | 8 | 6 |
| Hill & Knowlton | 8 mai | En ligne | 34,6 | 41,1 | 13,6 | 7,5 |
| Oraclepoll | 7 mai | Téléphone avec intervieweur | 37 | 41 | 12 | 10 |
| Moyenne | 35,9 | 42,9 | 11,2 | 7,7 |
L'avance du NPD avait été plus large. Le premier sondage Angus Reid de la campagne le donnait 17 points devant, et celui d'Abacus à la fin d'avril, 10 points. L'écart s'est réduit pendant les deux dernières semaines, mais toutes les firmes plaçaient encore le NPD en tête à la fin. Forum était le plus proche, avec 2 points d'écart, Justason le plus éloigné, avec 14.
Ce qui s'est passé
Relevé officiel du scrutin d'Elections BC : libéraux 44,13 %, NPD 39,72 %, verts 8,15 %, conservateurs 4,75 %, indépendants 2,36 %. Sièges : libéraux 49, NPD 34, verts 1, indépendant 1. La participation s'est établie à 55,32 % des électeurs admissibles estimés (57,10 % des électeurs inscrits).
Par rapport à la moyenne, les libéraux ont été sous-estimés de 8,3 points et le NPD surestimé de 3,2. Les verts ont été surestimés de 3,1 points et les conservateurs de 2,9. Les sondages ont surestimé tous les partis sauf celui qui a gagné.
Pourquoi : ce qu'ont conclu les sondeurs
Il n'y a pas eu d'enquête officielle du secteur. Les firmes ont publié leurs propres bilans.
- Ipsos Reid a interrogé environ 1 400 électeurs le jour du vote. 11 % disaient avoir fait leur choix dans l'isoloir. Selon John Wright, le vote néo-démocrate ne s'est pas présenté aux urnes. D'après l'analyse ultérieure de Coletto et Breguet, ce sondage à la sortie des urnes collait au résultat une fois pondéré selon l'âge à partir des estimations de participation d'Elections BC, et Ipsos a conclu que la modélisation de la participation expliquait son erreur d'avant le scrutin.
- Angus Reid, dans un texte publié par Maclean's environ deux mois après le vote, chiffrait l'erreur de sa firme à 13 points et celle du secteur à environ 12 en moyenne. Les moins de 35 ans représentaient environ 30 % de la population de la province, mais les travaux d'Elections BC sur 2009 les situaient plutôt autour de 15 % des votants. Ses sondages pondéraient les jeunes selon leur poids dans la population. Ce seul changement, disait-il, aurait ramené l'avance finale du NPD à environ trois points. Un sondage de suivi n'a trouvé aucune trace de changements d'intention de dernière minute. Il a aussi décrit une poussée tardive de la participation libérale dans l'Intérieur et dans les circonscriptions multiculturelles du Grand Vancouver.
- EKOS (Frank Graves, « An Unapologetic Analysis of the BC Polling Debacle », 29 mai 2013) indiquait que son dernier sondage montrait une égalité avant pondération et qu'il avait juste pour le NPD, mais pas pour les libéraux. Graves invoquait une « prime d'aversion au risque » en faveur du gouvernement sortant, invisible pour les sondeurs, et un net avantage libéral en matière de participation. Les questions d'EKOS sur la probabilité d'aller voter n'avaient aucune valeur prédictive. Un nouveau sondage mené selon la même méthode deux jours après le scrutin a retrouvé le résultat de l'élection, ce qui montrait selon lui que l'échantillonnage n'était pas en cause. Il voyait une érosion constante du NPD plutôt qu'un basculement soudain en fin de campagne.
- Abacus Data (David Coletto) a parlé d'un signal d'alarme. Repondéré selon l'âge à partir des données de participation d'Elections BC, son sondage de mi-campagne (NPD 43, libéraux 33) ne donnait plus qu'environ trois points d'avance.
- Barb Justason a souligné que les panels en ligne favorisent les jeunes : « We're dealing in a world where we cannot produce a probability sample » (nous travaillons dans un monde où l'on ne peut plus produire d'échantillon probabiliste). Le sondeur des libéraux eux-mêmes, Dimitri Pantazopoulos, a estimé que les sondages en ligne avaient échoué.
L'étude de Coletto et Breguet sur neuf élections provinciales (2015) fait la synthèse : les sondeurs pondéraient les moins de 35 ans à environ 30 % de leurs échantillons alors qu'ils formaient environ 15 % des votants de 2009, et les plus de 60 ans étaient sous-représentés.
Ce que montrent nos données
Notre lecture des chiffres publiés :
- L'erreur porte surtout sur le parti au pouvoir. Les libéraux ont été sous-estimés de 8,3 points, plus du double de la surestimation du NPD (3,2). En Alberta, un an plus tôt, les PC au pouvoir avaient été sous-estimés de 10,0 points. Les deux fois, les sondages ont mieux mesuré l'appui au parti d'opposition qu'au gouvernement.
- Six points sont allés à de petits partis qui n'ont pas suivi. Verts et conservateurs ont été surestimés de 6,0 points à eux deux. À notre avis, c'est là que se retrouvait le surplus de jeunes électeurs peu assidus dans les échantillons.
- L'âge explique environ la moitié. Les repondérations d'Angus Reid et d'Abacus retranchaient chacune 6 à 7 points à l'avance du NPD. Appliquées à la moyenne, elles mettent les deux partis à peu près à égalité : l'âge rend donc compte d'environ la moitié des 11,5 points d'erreur. L'autre moitié correspond à la victoire libérale de 4,4 points : prime au sortant, électeurs tardifs et avantage libéral de participation, que la seule pondération selon l'âge ne capte pas.
- Les sondages en ligne se sont davantage trompés. Les quatre derniers sondages en ligne donnaient en moyenne 9,4 points d'avance au NPD. Les deux sondages automatisés en donnaient 4 en moyenne et le seul sondage téléphonique avec intervieweur, 4. Sept sondages, c'est trop peu pour trancher, et Coletto et Breguet n'ont pas trouvé de pénalité nette du mode en ligne d'une province à l'autre, une fois les autres facteurs pris en compte.
- La surestimation du NPD est connue. Aux élections fédérales, le NPD a été surestimé à chaque fois depuis 2000, de 1,50 point en moyenne (étude sur l'erreur des sondages au Canada). La plus grosse erreur fédérale sur l'écart entre les deux premiers partis depuis 2000 est de 5,8 points. Celle de la Colombie-Britannique est deux fois plus grande.
Ce que les sondeurs ont changé
- Angus Reid a proposé trois changements : pondérer les jeunes selon leur part parmi les votants réels, publier des estimations pour différents niveaux de participation et échantillonner plus finement les régions de la province.
- EKOS a annoncé vouloir investir dans de meilleurs outils de repérage des électeurs probables et appelé à un consortium du secteur et des médias pour fournir une référence pendant les campagnes. En 2017, la firme n'a fait aucun sondage pour les médias en Colombie-Britannique et a plutôt travaillé pour le Parti vert.
- John Wright, d'Ipsos Reid, s'est dit satisfait de la méthode de la firme. Son propre sondage à la sortie des urnes désignait la pondération selon l'âge en fonction de la participation comme le correctif.
- Publication. Le Globe and Mail rapportait en 2017 que certaines firmes publieraient moins d'intentions de vote. Mainstreet Research, qui avait sondé en privé en 2013, prévu une victoire libérale et choisi de ne pas la publier, a mené un suivi hebdomadaire avec Postmedia.
L'élection de 2017 a servi de test. Résultat : libéraux 40,9, NPD 39,9, verts 16,7. Les chiffres de la dernière semaine de cinq sondeurs plaçaient le NPD à 40 ou 41 et les libéraux entre 39 et 41. Insights West, avec 41 chacun et 17 pour les verts, était le plus proche. Éric Grenier titrait à la CBC : « Pollsters vindicated in B.C. election after 2013 miss » (les sondeurs réhabilités après le raté de 2013).
Ce que cela implique pour notre prévision
Notre correction canadienne est tirée des élections fédérales. On retire des sondages actuels la moitié de l'erreur moyenne passée de chaque parti, et la règle est conservée parce qu'elle a battu la simple moyenne à sept élections sur neuf, chacune prédite sans connaître son résultat (étude sur l'erreur des sondages au Canada). Cette correction abaisse déjà le NPD, dans le sens de l'erreur britanno-colombienne. Les ratés provinciaux ne figurent pas dans le bilan fédéral, et une seule élection dans une seule province ne peut pas passer le test à elle seule.
Pour les prévisions provinciales, les simulations tirent une erreur à l'échelle de la province pour chacun des deux principaux partis, avec un écart-type de 4 points par défaut, à laquelle s'ajoutent un bruit régional et un bruit par circonscription. Une erreur de 8,3 points sur le parti au pouvoir représente environ deux écarts-types : elle reste dans la plage simulée. Le bilan de chaque firme figure dans notre classement des sondeurs canadiens.
Sources
- Elections BC : Statement of Votes, 40th Provincial General Election, May 14, 2013 (PDF)
- Elections BC : communiqué sur le relevé officiel du scrutin (21 janvier 2014)
- Wikipedia : 2013 British Columbia general election, sondages (vérification des chiffres des derniers sondages)
- Angus Reid, Maclean's : What went wrong with the polls in British Columbia?
- Frank Graves, EKOS Politics : An Unapologetic Analysis of the BC Polling Debacle (29 mai 2013)
- Globe and Mail : Pollsters hint at what went wrong in gauging the B.C. election (mai 2013)
- Coletto et Breguet, The Accuracy of Public Polls in Provincial Elections, Canadian Political Science Review 9(1), 2015
- Globe and Mail : Pollsters look to B.C. election for redemption after failing to predict the 2013 vote (2017)
- Éric Grenier, CBC News : Pollsters vindicated in B.C. election after 2013 miss (2017)
Comment citer
Polling Forecast (2026). Les jeunes électeurs restés chez eux : le raté des sondages en Colombie-Britannique en 2013. Consulté le 2 novembre 2026 sur https://www.pollingforecast.com/research/missed-ca-2013-bc-fr. Les chiffres en direct changent avec les nouveaux sondages ; la date ci-dessus est celle de la dernière révision du texte.