Un recul tardif dans les sondages s'est prolongé 24 fois sur 29
Sur 65 élections dans neuf pays, les partis perdant deux points en fin de campagne ont le plus souvent fini sous leurs derniers sondages, un constat utile pour un premier tour français encombré.
Written in house from our poll data and our forecast.
Lorsque le soutien à un parti baisse dans les dernières semaines d'une campagne, les derniers sondages ne captent généralement pas toute la baisse. Sur 65 élections nationales dans neuf pays depuis 1950, 29 partis ou candidats ont terminé la campagne au moins deux points sous leur moyenne du mois précédent. Le jour du vote, 24 de ces 29 ont fait moins bien encore que ne l'indiquaient leurs derniers sondages.
Sur l'ensemble des 263 résultats de partis de nos données, les derniers sondages relevaient presque du pile ou face : 140 résultats sont arrivés en dessous, 123 au-dessus, avec un écart moyen inférieur à un dixième de point. Les partis qui ont progressé de deux points ou plus au cours du dernier mois se répartissent presque à égalité : 15 sur 30 ont fini sous leurs derniers sondages et 15 au-dessus. Ce sont les partis en recul qui se distinguent, avec un résultat inférieur en moyenne de 0,9 point à leurs derniers sondages.
C'est en France que cela compte le plus : le premier tour de la présidentielle aura lieu le 18 avril 2027 et la course à la qualification pour le second tour est serrée. La France est aussi le seul pays de nos données comptant plusieurs cas de ce type où le schéma s'est vérifié sans exception.
Ce que nous avons compté
Nous avons retenu toutes les élections hors États-Unis pour lesquelles nous disposons à la fois d'un historique de sondages et d'une série de derniers sondages : les élections générales au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Pologne et en Italie, ainsi que le premier tour de la présidentielle française. Pour chaque parti, nous avons comparé deux chiffres issus de nos données sur les remontées et sur la précision des sondages. Le premier est la moyenne à un mois, centrée sur le 30e jour avant le scrutin et intégrant les sondages de chaque institut de deux mois avant le vote jusqu'à la fin de la campagne, chaque institut ayant le même poids, sauf au Royaume-Uni, où chaque sondage compte une fois. Le second est la moyenne du dernier sondage de chaque institut. Un parti est considéré en recul lorsque ses derniers sondages se situent au moins deux points sous sa moyenne à un mois. Nous avons ensuite comparé son score réel à ces derniers sondages. Les partis sous 5 % en fin de campagne, ainsi que la colonne « autres », sont exclus.
Les cas britanniques comptent parmi les erreurs de sondage les plus connues. En 2024, la moyenne à un mois du Parti travailliste était de 41,9 % ; les derniers sondages le plaçaient à 38,9 et il a obtenu 34,7 % en Grande-Bretagne. En 2001, la séquence était de 48,0, puis 45,2, puis 42,0. En 1997, de 49,9, puis 46,6, puis 44,3. Le Parti socialiste néerlandais en 2012 illustre le schéma de la façon la plus nette : 19,5 en moyenne à un mois, 13,8 dans les derniers sondages et 9,7 le jour du vote. Au Canada en 2015, le Nouveau Parti démocratique est passé de 27,5 à 21,3 dans les derniers sondages et a obtenu 19,7.
L'historique français
Cinq candidats français de premier tour figurant dans nos données ont reculé de deux points ou plus au cours du dernier mois, et tous les cinq ont fini sous leurs derniers sondages. Lionel Jospin, en 2002, était à 20,3 en moyenne à un mois, à 17,8 dans les derniers sondages, et a obtenu 16,2, ce qui l'a privé du second tour. En 2017, Benoît Hamon est passé de 10,9 à 7,6 et a obtenu 6,4, tandis que Marine Le Pen passait de 24,6 à 22,2 et obtenait 21,3. En 2022, Éric Zemmour est passé de 11,9 à 9,7 et a obtenu 7,1, et Valérie Pécresse de 10,1 à 7,8, pour un score de 4,8.
La France se distingue de l'échantillon global sur un point : ses candidats en progression tardive ont aussi continué de progresser. Jean-Marie Le Pen a gagné deux points au cours du dernier mois en 2002 et a dépassé ses derniers sondages de 3,9 points. Jean-Luc Mélenchon a gagné 3,1 points dans le dernier mois de 2022 et a dépassé ses derniers sondages de 4,8 points, échouant à environ un point du second tour. Les quatre candidats français ayant progressé de deux points ou plus ont tous fait au moins aussi bien que leurs derniers sondages. Dans le reste de nos données, les partis en progression ne montrent pas une telle tendance.
Notre projection pour 2027 fait la moyenne des derniers sondages de sept instituts, dans la configuration testée par la plupart d'entre eux. Elle place Marine Le Pen à 34,1 % au premier tour, Édouard Philippe à 17,6 et Jean-Luc Mélenchon à 16,8, devant Raphaël Glucksmann à 11,0 et Bruno Retailleau à 7,4. L'écart pour la deuxième place est inférieur à un point. Notre page consacrée à la présidentielle estime qu'à cette distance du scrutin, les sondages ont bougé d'environ 5,2 points par candidat avant le jour du vote.
La place de Marine Le Pen dans la course a été en grande partie réglée en juillet. La cour d'appel de Paris a confirmé sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen mais a réduit sa peine d'inéligibilité, ce qui, selon Jurist, lui permet de se présenter ; elle a annoncé sa candidature et un pourvoi devant la Cour de cassation. Le sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL de fin septembre, rapporté par Euronews, la plaçait entre 35 et 36 %.
Pourquoi ce n'est pas un artefact
Le premier contrôle porte sur le chevauchement inhérent à notre définition. La moyenne à un mois inclut les derniers sondages, puisque sa fenêtre court jusqu'à la fin de la campagne. Ce chevauchement réduit le recul mesuré au lieu d'en créer un. Avec une fenêtre qui s'arrête un mois avant le scrutin et ne partage presque aucun sondage avec la série finale, 37 des 55 partis ayant reculé de deux points ou plus ont tout de même fini sous leurs derniers sondages.
Le deuxième contrôle concerne le bruit statistique. Comme les derniers sondages entrent dans les deux comparaisons, une série finale qui se trouve être basse fait paraître un parti en recul tardif, puis fait apparaître le résultat comme un rebond. Justin Wolfers, dans une analyse pour la Brookings Institution, l'a souligné en 2010 à propos des tests de dynamique des sondages : une erreur de mesure commune pousse ces tests à détecter des retournements. Notre test penche donc contre le schéma observé, et celui-ci apparaît malgré tout.
Le troisième contrôle porte sur la sélection. Écarter les partis dont le résultat était inférieur à 5 % aurait éliminé les cas qui ont le plus reculé ; nous avons donc filtré sur les derniers sondages. Cela intègre Valérie Pécresse. Avec un filtre sur le résultat, le chiffre est de 23 sur 28.
Le quatrième contrôle vérifie s'il s'agit simplement de partis que les sondages surestiment toujours. Rapportés à l'écart propre à chaque parti lors de ses autres élections, 20 des 27 partis en recul ont tout de même fait moins bien que d'habitude. Le décompte résiste aussi à d'autres découpages. Avec un seuil de 1,5 point, il est de 31 sur 42 ; à trois points, de 12 sur 16. Depuis 2000, il est de 18 sur 21, avec un écart moyen de 1,2 point. Sans le Canada, pays qui compte le plus de cas, on obtient 17 sur 20 ; sans le Royaume-Uni, 19 sur 22.
Les exceptions et les limites
Cinq partis en recul se sont redressés. Le Parti travailliste, en 1983, est tombé de 30,6 à 25,6 dans les derniers sondages avant d'obtenir 28,3. Les libéraux canadiens, en 2006, sont descendus à 28,0 dans les derniers sondages et ont obtenu 30,2. Le PVV de Geert Wilders, en 2025, a reculé de 19,5 à 16,2 et a obtenu 16,7. Un recul tardif est un signal, pas une règle.
L'échantillon est en outre réduit. Vingt-neuf cas sur 65 élections suffisent à montrer un schéma qui dépasse nettement le hasard, mais pas à dire quelle sera l'ampleur du recul supplémentaire dans une élection donnée. La médiane se situait autour d'un point. Neuf cas viennent du Canada et sept du Royaume-Uni, si bien que deux cultures nationales du sondage pèsent lourd. Rien dans nos données n'explique pourquoi ce schéma existe, et nous n'avançons pas de cause.
Ce constat va aussi à l'encontre d'un résultat ancien. Nate Silver, dans une analyse de 2010 portant sur les élections sénatoriales américaines depuis 1998, a montré que les gains d'un candidat sur une période de sondages ne permettaient pas de prédire de nouveaux gains, un résultat que le Democratic Strategist a résumé ainsi : aucune raison de s'attendre à ce que les tendances se prolongent. Sam Wang, du Princeton Election Consortium, a soutenu que les erreurs de sondage de fin de campagne vont dans un sens imprévisible. Nos données concordent pour les partis en progression. Pour les partis en recul dans le dernier mois, l'historique va dans l'autre sens.
Ce qu'il faudra surveiller au printemps
Le dernier mois de la campagne française commence mi-mars. Si l'un des principaux candidats perd deux points ou plus entre ce moment et les derniers sondages, l'historique invite à s'attendre à ce que le recul se prolonge le 18 avril. Avec Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon à moins d'un point d'écart, un candidat en recul tardif pourrait manquer le second tour d'une marge plus large que ne l'indiquent les derniers sondages, comme Lionel Jospin en 2002. Notre projection n'en tient pas compte, et un sondage isolé qui bouge d'un ou deux points relève de la fluctuation habituelle. C'est un recul observé chez la plupart des instituts qui mérite d'être suivi.
Polling Forecast lit chaque sondage dans dix pays, corrige les erreurs passées des instituts et les traduit en sièges.
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