France Prochaine élection18 avr 2027dans 182 jours Calendrier Bilan des sondages Recherche

Présidentielle 2027 : Le Pen à 80 %, tout se joue sur son adversaire

Notre projection donne à Marine Le Pen 80 % de chances d'accéder à l'Élysée ; l'essentiel de l'incertitude tient à l'identité de son adversaire au second tour.

Written in house from our poll data and our forecast.

Marine Le Pen VIVA 24 (2).jpg
Photo: Vox España

Marine Le Pen est élue présidente dans 80 % de nos simulations de l'élection de 2027, à six mois du premier tour du 18 avril. Sa moyenne dans les sondages de premier tour s'établit à 34,1 %, soit 16,4 points de plus qu'Édouard Philippe, à 17,6 %. Jean-Luc Mélenchon est à 16,8 %, Raphaël Glucksmann à 11,0 % et Bruno Retailleau à 7,4 %. Marine Le Pen se qualifie pour le second tour du 2 mai dans plus de 99 % de nos 20 000 simulations.

Sa présence dans la course tient à une décision de justice rendue en juillet. Le 7 juillet, la cour d'appel de Paris a confirmé sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen, mais a ramené sa peine d'inéligibilité à 45 mois, dont 30 avec sursis, selon Al Jazeera ; elle avait déjà purgé les 15 autres. Le soir même, elle a annoncé sur TF1 qu'elle serait candidate et qu'elle se pourvoirait devant la Cour de cassation. Notre modèle suit aussi une configuration où Jordan Bardella porte les couleurs du RN. Moins d'instituts l'ont testée, la dernière fois en juin, et sur la base de ces sondages Jordan Bardella l'emporte dans 31 % des simulations, car il est devancé par Édouard Philippe dans les sondages de second tour, par 48,3 % contre 51,8 % en moyenne.

Deux seconds tours, deux élections différentes

Ces 80 % additionnent deux duels très différents. Le second tour le plus probable oppose Marine Le Pen à Édouard Philippe : il se produit dans 60 % de nos simulations. Les sondages, tels que publiés, la donnent gagnante par 53,7 % contre 46,3 %. Nous retranchons 1,8 point au score de second tour du candidat du RN, pour des raisons exposées plus bas, ce qui ramène le rapport à 51,8 % contre 48,2 %, et Marine Le Pen l'emporte dans 66 % de ces simulations.

L'autre est un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, dans 40 % des simulations. Les sondages la créditent alors de 65,9 %, et même après notre correction elle gagne par 64,1 % contre 35,9 %, ce qui, dans notre modèle, revient à l'emporter pratiquement à chaque fois. Les 20 % de chances d'Édouard Philippe d'accéder à la présidence reposent entièrement sur sa qualification pour le second tour. Raphaël Glucksmann est devancé par Marine Le Pen, 56,7 % contre 43,3 %, dans les sondages de second tour, un écart plus serré que pour Jean-Luc Mélenchon, mais nos simulations lui donnent moins de 1 % de chances d'atteindre le second tour.

La course à la deuxième place est donc décisive, et elle s'est resserrée. Jean-Luc Mélenchon a gagné 3,8 points depuis juillet, passant de 13,0 % à 16,8 %, la plus forte progression de tous les candidats. Le sondage Harris Interactive du 8 octobre, le plus récent de nos données, plaçait Marine Le Pen à 36 %, Jean-Luc Mélenchon à 18 % et Édouard Philippe à 17 %. Celui de l'Ifop, réalisé jusqu'au 29 septembre, donnait 21 % à Édouard Philippe et 16 % à Jean-Luc Mélenchon. La moyenne de Marine Le Pen a, elle, à peine bougé : 33 % il y a un an, 34,0 % il y a six mois.

Un centre encombré

Le casting n'est pas arrêté. Gabriel Attal a déclaré sa candidature en mai, selon Wikipédia, et les instituts testent la course avec et sans lui. Lorsque lui et Édouard Philippe sont tous deux en lice, le score de ce dernier recule. Harris le mesurait à 13 % avec Gabriel Attal et à 17 % sans lui, Jean-Luc Mélenchon arrivant deuxième dans les deux cas. Dans le sondage de l'Ifop, Édouard Philippe obtenait 16 % aux côtés de Gabriel Attal et 21 % sans lui. Notre configuration principale, celle que la plupart des instituts présentent en premier, ne retient qu'Édouard Philippe pour le camp macroniste ; un centre divisé constitue donc pour lui un risque que les 20 % n'intègrent pas.

Au centre gauche, la question est tranchée. Raphaël Glucksmann a remporté le 11 octobre la primaire des socialistes et de Place publique avec 66,17 % des voix, selon LCP, et il est déjà le candidat retenu dans nos deux configurations.

Les erreurs passées des sondages français

Au premier tour, les sondages se sont trompés sur le candidat du RN dans les deux sens. Les derniers sondages le sous-estimaient de 3,9 points en 2002 et le surestimaient de 3,3 points en 2007, puis le sous-estimaient de 2,0 points en 2012, le surestimaient de 0,9 point en 2017 et le sous-estimaient de 0,2 point en 2022. En 2022, ils sous-estimaient Jean-Luc Mélenchon de 4,8 points. Parce que ces écarts changent de sens, nous ne corrigeons pas le premier tour : une correction a dégradé la projection lors de quatre élections sur cinq. Rejouer les écarts passés sur les sondages actuels donne l'éventail des possibles. Un écart comparable à celui de 2002 porterait Marine Le Pen à 38,4 %. Un écart comparable à celui de 2022 hisserait Jean-Luc Mélenchon à 21,6 %, devant Édouard Philippe, et ferait du second tour un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qu'elle remporte par 64 contre 36 selon nos chiffres.

Les sondages de second tour sont une autre affaire. Lors des trois seconds tours auxquels le candidat du RN a accédé, en 2002, 2017 et 2022, les derniers sondages ont surestimé le RN, de 3,2, 4,5 et 3,3 points, soit 3,7 points en moyenne. Nous en retranchons la moitié, 1,8 point. Testée sur chaque second tour depuis 2000 sans en connaître le résultat, la correction s'est révélée plus proche du résultat quatre fois sur cinq. C'est pourquoi notre chiffre pour un duel entre Marine Le Pen et Édouard Philippe est plus serré que celui des sondages. Dans l'ensemble, les derniers sondages français comptent parmi les plus précis que nous suivions, avec un écart de 1,3 point par parti, au troisième rang sur dix pays.

Six mois, c'est long

À cette distance du scrutin, les sondages ont bougé d'environ 5,2 points par candidat d'ici au jour du vote, ce qui élargit l'éventail des chances. En tenant compte de cette dérive, les chances de Marine Le Pen le jour du scrutin s'établissent à 77 %, celles d'Édouard Philippe à 19 %, de Raphaël Glucksmann à 2 % et de Jean-Luc Mélenchon à 1 %. Sur cette base, la probabilité qu'Édouard Philippe accède au second tour monte à 47 %, et celle de Raphaël Glucksmann à 9 %.

La campagne passe aussi par une bataille budgétaire. Le 13 octobre, l'Assemblée a entamé l'examen du budget 2027, par lequel le gouvernement de Sébastien Lecornu entend ramener le déficit à 5 % du PIB. Marine Le Pen a dit préférer l'adoption d'un budget « imparfait », estimant pouvoir le remanier si elle était élue, selon l'AFP. Le RN a voté contre une motion de rejet socialiste, repoussée par 236 voix contre 149, selon LCP.

Selon nos chiffres, les chances de Marine Le Pen dépendent moins de son propre score, stable autour d'un tiers des voix depuis un an, que de l'identité du deuxième qualifié. Si c'est Édouard Philippe, notre modèle prévoit un second tour serré. Si c'est Jean-Luc Mélenchon, il ne l'est pas.

Polling Forecast lit chaque sondage dans dix pays, corrige les erreurs passées des instituts et les traduit en sièges.

Notre projection et tous les sondages →

Ailleurs sur Polling Forecast

À voir aussi